
On écrivait rarement des lettres dans cette mine. Le travail s’était arrêté et tout le clan avait fait cercle dans un silence respectueux tandis que sa plume crissotait sur le parchemin. On avait envoyé sa tante chez Vernessi pour lui demander pardon, mais est-ce qu’il aurait moyen de mettre de côté un soupçon de cire ? On avait dépêché sa sœur au village dans la vallée pour demander à maîtresse Goussedail la sorcière comment s’arrêter d’écrire, une fois lancé, à la fin du mot « recommandation ».
Les mois avaient passé.
Puis la réponse était arrivée. Une réponse plutôt sale, vu que le courrier dans les montagnes du Bélier se confiait à n’importe qui allait plus ou moins dans la bonne direction, et plutôt brève aussi. Elle disait, sèchement, que sa candidature était acceptée, et lui demandait de se présenter sur-le-champ pour prendre ses fonctions.
« Comme ça, c’est tout ? s’était étonné Carotte. Je m’attendais à des tests et autres. Pour voir si je convenais.
— Tu es mon fils, avait expliqué le roi. C’est ce que je leur ai dit, t’vois. Ça tombe sous le sens, que tu conviens. Tu as sans doute l’étoffe d’un officier. »
Il avait tiré un sac de sous sa chaise, farfouillé dedans et présenté à Carotte une longueur de métal qui tenait davantage de l’épée que de la scie, mais de peu.
« Ça te revient sans doute de droit, dit-il. Quand on a trouvé les… chariots, c’était tout ce qui restait. Les bandits, t’vois. Entre nous… – il fit signe à Carotte de se rapprocher – on a demandé à une sorcière d’y jeter un coup d’œil. Au cas où elle serait magique. Mais non. Jamais vu d’épée aussi peu magique que ça, elle a dit. Elles le sont toujours un peu, d’habitude, vu que c’est comme du magnétisme, j’imagine. Elle est quand même bien équilibrée. »
Il la lui remit.
Il farfouilla encore un peu. « Et puis il y a ça. » Il brandit une chemise. « Ça te protégera. »
