Carotte la palpa avec prudence. Elle était en laine de mouton du Bélier, une laine qui avait toute la chaleur et la douceur de la soie de cochon. Il s’agissait d’un de ces légendaires tricots de corps en laine que portent les nains, du genre auquel il faut des charnières.

« Me protégera de quoi ? demanda-t-il.

— Des rhumes, tout ça, répondit le roi. Ta mère insiste pour que tu le mettes. Et, euh… ça me rappelle : monsieur Vernessi a dit qu’il aimerait que tu passes le voir en descendant de la montagne. Il a quelque chose pour toi. »

Son père et sa mère lui avaient fait au revoir de la main jusqu’à ce qu’il soit hors de vue. Pas Gougnotte. Marrant, ça. On aurait dit qu’elle l’évitait depuis quelque temps.

Il avait l’épée en bandoulière sur son dos, des sandwiches et des sous-vêtements propres dans son havresac, et le monde plus ou moins à ses pieds. Dans sa poche se trouvait la fameuse lettre du Patricien, l’homme qui dirigeait la grande et belle cité d’Ankh-Morpork.

Du moins, c’est ce qu’avait affirmé sa mère. C’est vrai que des armoiries impressionnantes ornaient l’en-tête de la lettre, mais la signature ressemblait à quelque chose comme : Lupin Gribouille, Sec., pp.

Enfin, le Patricien ne l’avait peut-être pas signée, mais elle était sûrement de la main de quelqu’un qui travaillait pour lui. Ou dans le même bâtiment. Le Patricien devait au moins être au courant de cette lettre. De façon générale. Peut-être pas forcément de cette lettre-, mais il connaissait probablement l’existence des lettres en général.

Carotte descendait les sentiers de montagne d’un pas décidé, dispersant des nuages de bourdons au passage. Au bout d’un moment, il dégaina l’épée et porta, pour voir, des coups d’estoc à des souches d’arbres criminelles et des rassemblements illégaux d’orties brûlantes.



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