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Je préfère vous dire tout de suite que l’avion n’arrange pas ma gueule de bois. Lorsque nous atterrissons à Berne, il me semble qu’on m’a dévissé et que je vais me disperser sur les trottoirs.
Je me baguenaude, sans bagages, les mains aux fouilles. Pas besoin d’emporter une cantoche militaire pour aller dessouder à la sauvette un monsieur qu’on ne connaît pas.
Comme, pourtant, il faut que je passe la noye quelque part, j’entre dans un bazar, j’achète une petite valise en carton gaufré et je descends dans un modeste hôtel près du Parlement.
Les employés doivent me prendre pour un petit voyageur de commerce français et ils manquent un peu d’entrain pour m’accueillir. Je loue une piaule modeste dans laquelle je vais déposer mon bagage bidon. Puis, l’après-midi étant bien entamé, je vais bouffer un morcif dans un petit restaurant voisin.
Tout en mastiquant, j’étudie la situation avec minutie. Me voici à pied d’œuvre. Je dois songer à ma mission et la préparer soigneusement, car elle est plutôt duraille. Parce qu’enfin, le Vieux n’a pas dû gamberger à bloc la façon dont elle se présente. Suivre un gars débouchant d’un avion et lui mettre un pépin dans le grelot, c’est facile dans la conversation. Mais dans la pratique, il en va autrement. Outre les difficultés élémentaires de ce travail, je dois aussi envisager plusieurs hypothèses : Vlefta ne voyage peut-être pas seul et sans doute sera-t-il attendu !
C’est drôlement chinois ! S’il est entouré de potes, je ne pourrai jamais le démolir. Ou alors je devrai faire le sacrifice de ma peau et agir gaillardement, à la Ravaillac, ce qui ne me sourit guère, comme dirait l’abbé Jouvence.
Au fond, le plus simple est de préparer l’opération en accumulant les précautions et d’attendre l’heure H pour improviser. Tout de même, un assistant m’aurait été utile en pareille conjoncture. Enfin, du moment que le Vieux n’a pas jugé utile de m’en adjoindre un !
