Elle porte un tailleur gris souris avec des pompes rouge cerise, des gants également cerise et un sac à main assorti. Une gravure de mode ! L’air de n’avoir pas inventé la pénicilline, mais de ne pas en avoir besoin non plus… Une chair plus que comestible !

Je bigle ma montre, elle marque six heures. Il y a en ce moment dans une brasserie des Champs-Elysées une dame presque aussi joliment bousculée qui attend son San-Antonio joli et ne le verra pas radiner.

La personne a surveillé mon approche du coin de l’œil. Lorsque nous sommes coude à coude, elle me regarde et, me désignant les deux ours facétieux, me lâche une phrase en suisse-allemand à laquelle je ne comprends strictement rien.

— Je ne parle pas allemand, dis-je.

Elle me regarde avec surprise. A cause de mon bitos verdâtre et de mon imper blanc, elle m’avait pris pour un chleuh.

— Vous êtes genevois ? demande-t-elle.

— Non, parisien… Né à Belleville, c’est-à-dire que je le suis deux fois, et d’un père auvergnat, ce qui équivaut à l’être trois fois…

Elle paraît charmée.

— Vous habitez une bien jolie ville, remarqué-je avec cette courtoisie qui constitue l’un des principaux éléments de mon charme.

— Vous trouvez ?

— Oui. Très romantique… Je n’y passerais pas ma vie, mais pour une heure, je la trouve très convenable…

Elle se marre.

— Berne est très ennuyeuse pour un étranger. Il faut y avoir ses habitudes…

— Je ne demande qu’à en prendre si vous en faites partie !



14 из 106