
Ça lui plaît. Une ombre rose transparaît sous son hâle.
Elle a un regard fripon qui me dénude et me consomme. La chaleur de son bras se répand dans tout mon corps. Cette nana, en toute franchise, doit valoir son pesant d’Amora (la bonne moutarde de Dijon). Je ne puis m’empêcher d’évoquer tout ce que je ferais avec elle s’il m’était donné d’avoir une plombe d’intimité.
— Vous êtes en vacances ? demande-t-elle.
— Comme qui dirait…
— Tout seul ?
— Hélas !
— Vous n’êtes pas marié ?
— Non, et vous ?
Depuis un instant, nous ne regardons plus les ours. Ulcérés, ces derniers vont tabasser la porte de fer conduisant à leur habitat pour prévenir le gardien qu’il est l’heure de les rentrer
— Si, fait la dame.
Elle ajoute avec l’air de dire « fais-en ton profit » :
— Mon mari est en voyage en Italie…
Le brave homme ! Bien que ne le connaissant pas, je ne puis m’empêcher de lui adresser l’expression de ma sympathie. Parce qu’enfin qu’est-ce qu’un homme peut faire de plus pour ses contemporains que de partir en voyage sans sa femme lorsque celle-ci est jolie ? Je vous le demande. Je vous le demande maladroitement, sans mettre de ponctuation dans ma phrase, mais je vous le demande avec insistance !
— Si bien que vous en êtes réduite à regarder ces pauvres bêtes pour tuer le temps ?
— Eh oui…
— Pourquoi n’irions-nous pas prendre le thé ?
C’est une charnière dans nos relations. C’est le test. Si elle accepte, on peut considérer que ma soirée est retenue !
— Volontiers…
— Alors, guidez-moi, car je viens de débarquer à Berne et je ne connais pas les bons établissements…
— Le plus simple serait peut-être d’aller le prendre à la maison ?
J’en suis ébloui. En voilà une qui ne se paume pas dans les principes. Elle sait ce qu’elle veut et elle entend l’obtenir dans un temps record.
