
Un peu glandulard, retrouvant ma timidité d’adolescent, je proteste :
— Je ne voudrais pas vous déranger.
— Vous ne me dérangez pas. D’autant plus que je suis seule à la maison, ma bonne est en vacances…
Vous mordez le spleen d’une femme blasée ! Les mousmés ne doivent pas s’ennuyer, autrement c’est la fin de la vertu. Si vous n’avez pas le temps de vous occuper de la vôtre, un bon conseil : achetez-lui une épicerie-porte-pots ou bien faites-lui repeindre la coque du Liberté, mais ne la laissez jamais s’emmouscailler seulâbre parce qu’il vous arrivera un vrai turbin. Rien de grave, notez bien : ça n’a que l’importance qu’on veut bien lui accorder. C’est idiot du reste de voir les hommes faire du rififi parce qu’ils sont plusieurs à servir dans le même corps. Quand il y en a pour un, y en a pour douze !
— Vous demeurez loin ?
— J’ai une petite maison, près d’ici…
— On prend le tramway ?
— Oh non, j’ai mon automobile !
C’est une VW rouge, assortie à ses gants.
Je m’installe à côté de la dame. Voilà du levage rapide. Je suis content de moi et je me le chuchote en me pinçant l’oreille.
Nous remontons une côte et débouchons dans un quartier résidentiel avec plein de demeures coquettes aux volets à chevrons. La dame stoppe devant celle qui termine une rue. Le silence qui règne laga est intégral.
Elle range sa trottinette et me précède dans la casbah. Jolie masure, en vérité. Des tapis rupins, des tableaux pompiers, des tentures lourdes, des meubles massifs… Il y fait frais et ça hume le renfermé.
On voit que la bonne est en java parce qu’il y a de la poussière sur toutes les surfaces lisses. On peut écrire son nom dessus.
— Excusez la poussière, fait-elle, je suis si peu ici…
Elle jette son sac à main sur un divan et ôte ses gants. Le silence et la pénombre sont capiteux. C’est du pousse-au-crime de first quality. Je vous défie de trouver dans tout Courcelles un cinq à sept plus grisant.
