
Félicie hasarde :
— Où as-tu ramassé ça ?
— On arrosait la promotion de Bérurier… chez un de ses potes à la Halle aux vins…
J’ajoute, manière de jouer les angelots de vitrail :
— Tu sais, m’man, c’est, pas ce que j’ai avalé… C’est plutôt l’odeur… des caves…
Un profond silence s’établit. On entendrait voler un impresario. Faire croire un truc pareil à Félicie, vous parlez ! Faut que j’aie un vache reliquat de picrate dans les cellules grises ! C’est comme si j’essayais de vendre un réfrigérateur à un Esquimau ! Aussi n’insisté-je pas…
Fort judicieusement, la sonnette du portier retentit. Je me demande quel est l’enfant de pétasse qui vient nous faire tartir de si bon matin. Félicie qui s’est propulsée jusqu’à la porte me rancarde :
— Voilà ton collègue Pinaud !
J’entends le pas maladroit du vieux chnock sur les graviers de l’allée. Ma brave femme de mère lui ouvre et met sa main usée par les lessives dans la demi-livre-avec-os du fin limier.
Entrée de Pinuche ! Il a le bada enfoncé jusqu’aux sourcils. La moustache irisée par sa morve et la bruine… Un cache-nez de grosse laine sale emmitoufle son cou. Il frappe ses grosses targettes sur le racloir de l’entrée, histoire de prouver qu’il a des usages et il pénètre dans la cuisine.
Son regard ressemble à deux crachats de phtisique.
Il le braque sur moi comme la fourche d’une baguette de sourcier.
— Tu es chouette, observe-t-il en guise de salut !
Ça me fout en pétard.
— Mets les choses navrantes qui te servent de fesses sur une chaise et ferme ta grande gueule !
Il souscrit à la première partie du conseil, mais il néglige la seconde.
