Je me ramasse et gratte ma dernière allumette. Un escalier s’amorce, devant moi… J’y cours… En haut, une nouvelle porte s’interpose entre Bibi et la liberté. Elle est en bois et je n’ai pas la moindre difficulté à la raisonner. Me voici dans un hall carrelé. Je traverse le salon où la belle Gretta m’abreuva de si gente manière. Nos deux verres se trouvent côte à côte sur la table basse. Je flaire le mien, il dégage une odeur légèrement amère. Celui de Gretta, par contre, sent seulement le scotch… Je fais un tour du propriétaire qui confirme ma supposition : il s’agit d’une maison sous-louée. Dans les autres pièces, les meubles sont recouverts de housses et il n’existe qu’une boutanche de scotch dans la baraque… Elle est inhabitée depuis belle lurette !

Ma breloque annonce huit heures… Je sors… Dehors, le soleil tiède poudre le monde d’une lumière blonde

Merci, mon Dieu, de m’avoir tiré de ce pétrin. Il y a des moments où je suis transporté par la ferveur.

Je chope un tramway propre comme un jouet, à l’arrêt suivant. Vous me croirez si vous voulez (et si vous ne voulez pas, je m’en balance) mais je suis en parfaite condition physique malgré l’absorption du poison. Ça m’a fait une sorte de tubage. J’ai presque faim !

Je descends dans le centre de la ville, près des fontaines bariolées. Et je pénètre dans un bureau de poste. Je demande Paris. Cinq minutes plus tard, j’ai le Vieux au bout du fil.

— Ici San-Antonio…

Il murmure.

— Le Voyageur est parti, faites-lui bon accueil…

— O.K…

J’ai envie de lui parler de mes avatars de la veille, mais j’y renonce parce que ça n’est pas le moment de m’étendre sur ces questions secondaires pour lui.



23 из 106