
— Il paraît que ç’a été l’orgie romaine, hier !
Un peu de regret voile son ton.
— J’aurais bien aimé en être, poursuit-il, mais j’avais un travail délicat…
Ses petits yeux noyés de gâtisme pas si précoce que ça m’indisposent.
— Pinaud, lui dis-je, j’ai beaucoup réfléchi cette nuit. Et je suis arrivé à une certitude absolue te concernant.
— Moi ?
— Oui, toi !
— Quelle est cette certitude ?
— Si on cherchait par le monde un flic plus abruti que toi, on ne le trouverait pas !
Le père Pinuche pince les lèvres. Puis il se tourne vers Félicie afin de la prendre à témoin. Mais Félicie a trop envie de rire pour pouvoir lui apporter les satisfactions verbales qu’il sollicite de son esprit de justice.
— Qu’est-ce qui me vaut le cauchemar de ta visite ? interrogé-je en poussant un verre propre dans sa direction et en emplissant le susdit jusqu’à la garde.
— Ton téléphone.
— Qu’est-ce qu’il a, mon téléphone ?
— Il est en dérangement.
— Comme toi ?
Félicie intervient.
— Oui, j’ai signalé la chose aux P.T.T. hier soir… Ils vont venir ce matin…
Moi, je les ai au nougat de Montélimar, mine de rien. Je me dis que si le Vieux (car ça ne peut être que lui qui envoie Pinaud) me dépêche quelqu’un à domicile, c’est qu’il a une urgence à me confier. Et ça ne me sourit pas pour deux raisons : la première parce que j’avais campo aujourd’hui et que je comptais faire visiter mes estampes japonaises à une nana ; la seconde parce qu’avec la G.D.B. que je coltine, j’ai autant envie de travailler que d’avaler du bromure avant de me rendre à un rendez-vous de Miss Univers.
— C’est le Vieux qui t’envoie ?
— Evidemment ! Il sait que tu en as pris un bon coup dans les galoches et il m’a dit de te ramener d’urgence…
