
Je l’arrache à sa contemplation en sollicitant un autre verre de blanc. Ce petit pinard est joyeux comme une ronde d’enfant
Je le bois avec délectation. J’ai besoin de me colmater le buffet. Besoin de balayer de ma mémoire le regard fou de ce pauvre Vlefta qui louchait sur mon pétard…
Quel métier ! Si je m’écoutais, j’enverrais tout promener : le Vieux, les Services, les Missions délicates… Seulement, quand la voix de ma raison l’ouvre, les doigts de ma témérité s’enfoncent dans mes portugaises…
Une heure vient de s’écouler. Le secteur est normal. Des gens vont et viennent, sans prendre garde à moi.
Je m’efforce de ligoter les nouvelles. Les caractères se brouillent devant mes yeux… Je suis à bout de nerfs. Comme dit un de mes potes du mitan, Fernand-le-fiévreux, quand on a du fading dans la moelle épinière, il vaut mieux s’efforcer de penser que l’on est, que d’être parce qu’on pense.
Je rabats le baveux. Et bien m’en prend, because à cet instant trois mecs drôlement baraqués viennent d’entrer dans le buffet. Et ces polichinelles, croyez-moi, ont plus de chance d’appartenir à la grande taule qu’à la ligue pour le goûter des femmes enceintes.
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Je n’hésite pas longtemps. C’est à moi qu’ils en ont, les méchants matuches. Quand on est poulardin et qu’on pénètre dans un buffet de gare en se détronchant pareillement, c’est fatalement qu’on déploie le grand périscope pour tenter de repérer un quidam.
Pour l’instant, ils regardent au fond de la grande salle. Il y a beaucoup de peuple et ça leur demande une attention soutenue. Je fais signe au garçon. Il s’approche, me servant d’écran. Je le règle en le baratinant pour gagner du temps. J’avise la porte des toilettes sur la droite. J’ai juste le temps d’y aller avant que les archers ne fassent demi-tour.
