
« On vous a menacés des rois, vous avez déclaré laguerre aux rois, vous leur avez jeté le gant et ce gant est la tête du tyran. »
Mais les réformes de l’armée, l’amalgame entre « Blancs »– bataillons de l’armée ci-devant royale – et « Bleus » -bataillonsde volontaires –, la création de demi-brigades de trois mille trois centshommes, mobiles, ne suffisent pas à forger l’instrument capable de s’opposeraux troupes de la coalition, dans une guerre longue, dévoreuse d’hommes.
Et d’autant plus si l’on veut que la République atteigne, commel’a déclaré Danton, les « frontières naturelles ».
Alors il faut décréter, le 24 février 1793, une levée detrois cent mille hommes, et la Convention établit le nombre des volontairesque chaque département doit fournir selon l’importance de sa population et dunombre d’hommes « réquisitionnés » lors des précédentes levées.
Il faut faire vite, parce que, sur les frontières, l’arméede Dumouriez recule. Et l’on commence à soupçonner ce général, qu’on a vu àParis, que l’on sait proche des Girondins, de Manon Roland, et que Dantonparaît soutenir.
La peur du coup de force, du complot, soulève lessans-culottes, les Enragés, qui encerclent la Convention, envahissent lestribunes.
Et c’est dans ce climat que, dans la nuit du 10 au 11 mars1793, les députés votent la création d’un tribunal criminel extraordinairenommé bientôt « Tribunal révolutionnaire ».
On se souvient des massacres de Septembre, et Danton s’écrie :
« Le salut du peuple exige de grands moyens, desmesures terribles… Profitons des fautes de nos prédécesseurs. Faisons ce que n’apas fait l’Assemblée législative. Soyons terribles, pour dispenser le peuple del’être. »
Les « délégations » mandatées par lesquarante-huit sections de Paris se succèdent à la tribune de la Convention.
Elles font toutes la leçon aux députés, s’inquiètent de lasituation aux frontières, des victoires des Autrichiens, de la retraite destroupes de Dumouriez, et une fois encore, ces « sectionnaires »redoutent la trahison du général, reprenant ainsi les accusations de Marat.
