hommes, des petites filles, des petits garçons, auraient-ils pu forcer seize oudix-huit cents boutiques à livrer la chandelle à douze sous, le sucre àvingt-cinq, le café à quinze, le savon à dix-huit, si la force publique les eûtdevancés d’une heure ou deux ?… La municipalité dit, pour s’excuser, quece désordre a été fomenté par l’étranger. Je n’en crois rien du tout. Il n’estpas besoin de l’étranger pour ravager Paris… »

Et la voix de cet homme patriote, sage et cultivé, devientrageuse, menaçante, tant le besoin d’ordre et la peur de l’anarchie sont grands.

« Il y a dans Paris, cette grande ville, trop degredins, trop de femmes mégères, de malheureux que la misère poursuit soit parleur faute, soit par la faute du gouvernement, si on ne les réprime point, sila municipalité les laisse faire : sinon on sera forcé de les tuer commedes voleurs de grands chemins, il n’y aura pas d’autres moyens d’assurer lespropriétés. »

Au même moment, dans tout l’Ouest de la France, plus de centparoisses, du Maine-et-Loire, de la Vendée à la Loire-Inférieure entrent eninsurrection, apprenant que la Convention réclame des hommes en vertu de lalevée de trois cent mille hommes qui doivent se porter aux frontières.

Les paysans s’arment, se dressent contre ces « bourgeois »des villes, ces « républicains » accapareurs, ces « sans-Dieu »qui ont persécuté les « vrais » prêtres et soutenu les abbésconstitutionnels.

La violence se déchaîne. On frappe. On tue. On crucifie même.On massacre.

À Machecoul, dimanche 10 mars, c’est le carnage. Il y auraprès de six cents tués. On extermine les patriotes de toute la région. Lesprisonniers attachés à une longue corde et formant « chapelet » sontmenés le long des douves du château, fusillés, achevés à coups de pique.

On voit surgir un Comité royal, qui dans une proclamation du12 mars 1793 reconnaît Louis XVII comme souverain et refuse obéissance à la Convention.



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