
Danton, qui voudrait l’apaisement, est contraint de tenir lemême langage que les Montagnards. Lui aussi a été proche de Dumouriez et a sansdoute souhaité, comme le général, une monarchie constitutionnelle dont lesouverain eût été un Orléans. Mais Philippe Égalité, ci-devant duc d’Orléans, aété arrêté à la suite de la défection de son fils Louis-Philippe, passé auxAutrichiens en compagnie de Dumouriez.
Alors Danton fait assaut d’éloquence pour détourner lessoupçons qui pèsent sur lui.
« La guerre civile est allumée de toute part, dit-il. Etdes passions misérables agitent nos représentants et cependant lescontre-révolutionnaires tuent la liberté ! La statue de la liberté n’estpas fondue. Ce métal bouillonne ; si vous n’en surveillez le fourneau, vousserez tous brûlés ! Montrez-vous révolutionnaires ! Montrez-vouspeuple et alors la liberté n’est plus en péril. Les nations qui veulent êtregrandes doivent, comme les héros, être élevées à l’école du malheur. »
Dans Paris, c’est l’inquiétude, et la révolte des pluspauvres qui couve.
Ils se rassemblent au Palais-Royal.
Ils murmurent : « Lorsque nous avions un roi, nousétions moins malheureux qu’à présent que nous en avons sept cent quarante-cinq. »
Ces députés à la Convention, ainsi mis en cause, se sententmenacés.
Les sans-culottes « exagérés » les attendent à lasortie de la salle du Manège, les interpellent depuis les tribunes de l’Assembléeou celles du club des Jacobins.
L’un des Enragés que suivent ces sans-culottes, Varlet, fonde,à l’annonce de la trahison de Dumouriez, un Comité central révolutionnaire quiva siéger à l’Évêché. C’est une Commune illégale, mais qui est composée des déléguésdes sections.
L’autre chef des Enragés, l’abbé Jacques Roux, convoque dansune assemblée générale tous les comités de surveillance. Et il obtient l’adhésionde la Commune.
