Ainsi la Convention risque-t-elle d’être dépossédée de sespouvoirs.

Maximilien Robespierre, dont se moquent les Girondins, maisque le peuple appelle déjà l’incorruptible, intervient souvent danscette période tendue, incertaine, dangereuse, de la tribune du club desJacobins, ou de celle de la Convention. « Il faut que le peuple sauve la Convention,dit-il, et la Convention sauvera le peuple… »

« Je dirai tout ce qu’il importe de connaître, poursuit-il,je ne dissimulerai aucune vérité. »

Et, implacable, il ajoute :

« Je déclare que la première mesure de salut public àprendre, c’est de décréter d’accusation tous ceux qui sont prévenus decomplicité avec Dumouriez et notamment Brissot… Je ne veux que dire la véritéet quand les hommes que j’ai désignés auront assassiné la liberté et sesdéfenseurs, on dira qu’au moment où ils allaient exécuter leur complotliberticide je disais la vérité et que je démasquais les traîtres. »

On l’acclame. D’un geste, il arrête l’ovation. Sa voixdevient plus aiguë, tranchante :

« Le moment est venu pour les patriotes, dit-il, deprendre dans toute son énergie cette haine vigoureuse et immortelle dont ils s’étaientmontrés animés pour le nom des rois… »

Il s’interrompt, évoque « la punition d’un tyran »,ce ci-devant roi de France, décapité.

« Cette punition sera-t-elle donc le seul hommage quenous ayons rendu à la liberté et à l’égalité ? »

Chaque auditeur se fige, devinant la gravité des propos quivont suivre :

« Souffrirons-nous qu’un être non moins coupable, nonmoins accusé par la nation, et qu’on a ménagé jusqu’ici comme par un reste desuperstition pour la royauté, souffrirons-nous qu’il attende tranquillement icile fruit de ses crimes ? »

Maximilien Robespierre veut la tête de la ci-devant reine, Marie-Antoinetted’Autriche.

Il veut qu’elle soit traduite devant le Tribunalrévolutionnaire, accusée d’avoir participé « aux attentats contre laliberté et la sûreté de l’État ».



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