
— Il me semble que je commence à comprendre où vous voulez en venir, dis-je. Cela signifie que la nourriture ordinaire, disons un morceau de pain…
— Ce n’est rien d’autre qu’une certaine portion d’information, reprit le vieillard. D’information pour l’estomac, pour les cellules nerveuses, pour l’intestin et, en dernière analyse, pour tout l’organisme. Mais une information grossière, de mauvaise qualité, primaire, si l’on peut dire. Une telle nourriture peut être débarrassée des adjonctions et transformée en pure information. Nous nous nourrissons de ces blocs d’information.
— J’y ai goûté, dis-je.
— Je reviens à l’idée initiale, fit le vieillard. La machine se moque du combustible avec lequel on l’alimente, pourvu qu’il soit de bonne qualité. Or, l’homme est la même machine, quoique plus complexe. C’est pourquoi lui aussi est indifférent à l’information dont il se nourrit, pourvu qu’elle soit de bonne qualité. Partant, l’homme doit consommer une inforia pure, naturelle. Nous sommes parvenus à l’obtenir. — Il y avait quelque chose de solennel dans la voix du vieillard. — Par la même occasion nous avons triomphé d’une foule de maladies gastriques. En règle générale, le tube digestif en tant que tel a perdu sa raison d’être.
Le temps passait et le monde dans lequel je me trouvais ne me semblait plus aussi étrange qu’au début. Ce monde vivait selon ses lois qui ne manquaient assurément pas de logique.
Cependant, ces gens ne devaient-ils pas avoir quelque chose de commun avec mon bon vieux monde ordinaire ?
— Chez vous, l’argent existe ? demandai-je à brûle-pourpoint.
— L’argent ? répéta le vieillard. Qu’est-ce que c’est ?
