— Comment ça ?

— Eh bien, si elle répète des choses notoirement connues. Mais le plus terrible, c’est le mensonge. Ne vous est-il jamais arrivé d’avoir été empoisonné par de l’information fallacieuse ?

— Si, une intoxication légère, marmottai-je.

— Vous avez de la chance, dit le vieillard. Il est dangereux aussi de s’étrangler avec de l’inforia…

— S’étrangler ?

— Cela se produit quand l’information est avalée par trop rapidement.

— Laissons la machine et revenons à l’homme, dis-je. L’organisme humain peut-il être nourri au moyen de la seule information et rien d’autre ?

— Non, vous n’avez pas saisi le fond, dit tristement le vieillard. Voilà déjà une heure que je m’évertue à vous expliquer que tout ce que l’organisme vivant — dont l’homme — reçoit de l’extérieur se réduit, en dernière analyse, à l’information. Toute sa vie l’homme ne fait que recevoir et traiter de l’inforia. Sans l’inforia il n’y aurait rien de vivant, si vous voulez savoir. Sans l’inforia le genre humain se serait désagrégé, il aurait disparu !…

— Oh…, fis-je, sceptique.

— Mais si ! Les cellules héréditaires, ne sont-ce pas un écheveau d’information recelant toutes les propriétés d’un individu donné de manière à les transmettre de génération en génération, des ancêtres aux descendants ?

— Certainement…

— Et la mémoire, la mémoire humaine, n’est-elle pas la plus riche réserve d’information ?

Le vieillard se classait donc, lui et son peuple, dans le genre humain.

— Détruisez la mémoire. Que deviendra alors l’humanité ? poursuivit le vieillard. L’histoire, les arts, la culture disparaîtront. Un écrivain antique avait relaté cette histoire : le diable proposa à un pauvre tous les biens de la Terre à condition qu’il lui fasse don de sa mémoire. L’homme accepta, le diable tint parole et lui donna tout ce qu’il demanda. Seulement, privé de mémoire, l’homme perdit son visage humain. La mémoire, c’est tout, dit le vieillard en faisant un geste de la main. Or, recèle-t-elle quelque chose qui ne soit pas de l’information ?



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