
— Et après, qu’en ferez-vous ?
— Du fourrage pour les vaches, cela va de soi.
— Des vaches… de l’information ? dis-je, décontenancé.
— Et quoi encore ? Seulement il faut faucher juste au moment où l’inforia est mûre. Au moindre retard, l’information s’égrène. Ces rubans ne servent alors plus à rien.
— Vous les jetez ?
— Nous les brûlons.
— Écoutez, dis-je. Je n’arrive pas à comprendre. Chez vous les gens vivent d’information, les animaux aussi. Mais qu’en est-il de la véritable nourriture ?
— L’inforia est précisément la seule nourriture véritable, répondit le vieillard. Jugez vous-même : tout, dans ce monde, ne se réduit-il pas à l’information ?
Maintenant nous avancions dans une ruelle tranquille, faiblement éclairée et couverte de plantes que je ne connaissais pas. J’étais sur mes gardes : dans chaque buisson je voyais une boîte à information, dans chaque arbre, un bloc d’information.
— Dites-moi, enfin, explosai-je, quelle est donc cette information que vous ne cessez de traiter ? De l’information, cela doit absolument parler de quelque chose ! Alors ?
— N’est-ce pas égal ? dit l’étrange vieillard. Est-ce qu’une machine s’interroge quant à la source de l’énergie qui l’alimente ? Non. La machine se moque bien de ce qui brûle dans son foyer, de ce qui la met en action : du charbon, du bois ou encore la synthèse thermonucléaire. La machine, ce qu’elle veut, ce sont des calories, tout le reste lui est indifférent.
— Un combustible peut s’avérer inadapté, bredouillai-je finalement, décontenancé par l’étonnante logique de mon interlocuteur.
— Nous y venons, se réjouit le vieillard. Vous avez saisi le fond. C’est la même chose avec l’information. Elle aussi peut être inadaptée à l’homme.
— Pourquoi ?
— Pour plusieurs raisons. Par exemple, l’inforia peut manquer de fraîcheur… D’une manière générale, il n’y a pas de denrée plus délicate et plus périssable. Parfois on sert de l’inforia pauvre en vitamines.
