
— San-A.! bêle Pinuchet. J'ai encore besoin de ton concours. Mon premier…
Mais, à bout de nerfs, je l'interromps :
— Moi, je vais t'en poser une charade, eh, décati ! Mon premier me fait tarter, mon deuxième me casse les choses, mon troisième me pue au nez, et j'em… mon quatrième. Qu'est-ce que c'est ?
— Je suppose que c'est moi ? fait une voix depuis la porte.
Je me retourne et j'avise le Vieux, dans l'encadrement, avec sa tronche aussi surchargée de rides mécontentes qu'une traite refusée de tampons inquiétants.
— Oh ! voyons, monsieur le directeur, je…
Il n'attend pas que je me désempêtre. Il va au Gros, lequel se tient au garde-à-vous, le calcif béant sur des noirceurs broussailleuses et assoupies.
— Bérurier, dit-il, lorsque vous m'aurez fait le plaisir de passer un pantalon, faites-moi également celui de monter jusqu'à mon bureau.
Et il se retire comme la mer se retire de la grève : en laissant pas mal de trucs limoneux derrière soi.
CHAPITRE II
Comme à une plombe de l'après-midi Béru n'a toujours pas reparu et qu'il commence à faire faim, je propose au Charadeux d'aller casser une menue croûte au troquet d'en bas.
Justement, le plat du jour, c'est le petit salé aux lentilles : mon vice !
Nous nous attablons, la Vieillasse et moi, perdus en nos méditations respectives. Les miennes ont trait à Martial Vosgien, celles de Pinuche, à une mobylette dont les chromes allument sa convoitise.
— Il n'en reste plus qu'une qui me donne du fil à retordre, San-A., déclare le Débris en postillonnant des lentilles microscopiques entre son clavier ébréché.
Et de réciter, comme un type du Français récite une fable de La Fontaine à une distribution de prix :
