
— Cet homme est une écharde dans le pied du gouvernement !
J'approuve la beauté de l'image d'un hochement de tête et la fixité de mon regard l'incite à poursuivre.
— Martial Vosgien est un homme qui a de l'énergie, des idées, des amis et des moyens.
— Toutes les qualités requises pour faire un ennemi d'envergure, souligné-je.
— En effet. A cause de lui, en haut lieu, on ne dort pas toutes les nuits sur ses deux oreilles. Vous savez où il se trouve ?
— Au Brésil, selon la presse.
— Parfaitement : au Brésil, tout comme un autre exilé nommé Georges Bidault.
— Je ne vois pas pourquoi, s'il habite si loin, il s'est cru obligé de modifier son aspect.
— Moi, je croie comprendre, assure le Dabe, et vous allez comprendre également : Martial Vosgien a disparu !
— Du Brésil ?
— Oui.
Je cherche où est la calamité, mais ne la voie pas.
— Et alors ? insisté-je.
Le Daron fronce ses beaux sourcils qui constituent l'unique système pileux de sa tronche (j'espère pour son confort personnel, qu'il a des poils ailleurs).
— Voyons, San-Antonio, quand un homme comme Vosgien change de tête et se volatilise, c'est qu'il mijote un grand coup ; ça paraît pourtant clair !
— Comment êtes-vous sûr qu'il a disparu ? interrogé-je, histoire de passer outre à son sarcasme désobligeant.
— Vous pensez bien qu'au Brésil des agents français le surveillaient étroitement.
— Et il leur a échappé ?
— En plein Rio de Janeiro ! Ils étaient quatre qui se relayaient pour ne pas le perdre de vue. Et tout à coup : pffrout ! Il n'a plus été là.
— Il avait changé d'aspect longtemps avant de se volatiliser ?
