
— Huit jours plus tôt.
— Il se savait filé ?
— Les agents français prétendent que non ; mais c'est vantardise de leur part, car je suis persuadé qu'un homme aux abois ne peut pas ne pas remarquer les anges gardiens attachés à ses talons.
— Je partage votre avis, monsieur le directeur. On peut filer un type quelques heures sans éveiller son attention, mais guère plus ! Ou alors, c'est un imbécile, et, généralement, on ne file pas les imbéciles.
Il opine avec satisfaction. Je viens de refaire un pas en avant dans son estime.
— Votre opinion, poursuis-je, est que Martial Vosgien revient en France ?
— Je ne sais plus. Tout de suite je l'ai pensé, mais sa nouvelle tête a été abondamment diffusée, tous les services intéressés sont en alerte ports, aéroports, gares. Des brigades du service de sécurité sont sur les dents. Jusqu'ici, ça n'a rien donné. Nos gens du Brésil ont, de leur côté enquêté — avec la participation occulte de la police brésilienne — pour savoir si Vosgien a pris un avion ou un bateau, mais ils ont fait chou blanc. Si j'emploie le mot « disparu », c'est parce que c'est le seul qui convienne. Or le gouvernement…
Là, il bat des paupières. Le mot lui fait éclater des étincelles tricolores dans les carreaux. Quand il emploie certains termes, tels que « en haut lieu » ; « le gouvernement » ; « monsieur le ministre », le Tondu a brusquement comme un petit arc de triomphe lumineux autour de lui.
— Le gouvernement, reprend-il, veut coûte que coûte, qu'on retrouve Martial Vosgien.
Y a longtemps que le Déplumé n'a pas métaphoré, il s'en paye une de first quality :
— Lorsqu'un homme se promène avec des bombes dans sa poche, San-Antonio, on est bien obligé de savoir où il va !
Content de lui, il remonte sa Piaget d'un index nerveux, aussi blanc qu'un doigt de marbre.
— Bien que ce cas ne relève pas précisément de mes services, M. le ministre de l'Intérieur m'a mandé à son domicile…
