
— Enfin nous verrons bien, coupé-je. Maintenant, regarde…
Je lui désigne la suspension.
— Il y a un micro planqué dans la calbombe. Il est relié à l'hôtel voisin. Pendant tes heures de consultation, un interne en vacances se tiendra en permanence à l'écoute ; quand le malade aura exposé son cas, il te téléphonera immédiatement pour t'indiquer l'ordonnance à faire.
Je lui montre sur le bureau un énorme livre rouge de format carré : le Codex.
— Cet ouvrage comporte la liste de tous les médicaments existants. Nous les avons numérotés. L'interne te dira par exemple : « Prescrivez trois comprimés du 26, avant les repas, dix gouttes du 187 au moment d'aller au lit, une application du 965 deux fois par jour… Et toi, bonne pomme, t'auras qu'à feuilleter ton petit bottin médicamental et écrire sur l'ordonnance le nom des produits et la quantité à administrer. C'est pas sorcier. Enveloppe le tout de bonnes paroles et ça ira… Il suffit de ne pas faire d'erreurs.
— Je m'y vois déjà, certifie le Monumental.
— Parfait. Ce que je te recommande surtout, c'est de ne jamais relâcher un seul instant ta vigilance, camarade ; n'oublie pas ce qui est advenu à tes prédécesseurs…
— Tu parles que je serai toujours sur le pied de grue ! J'ai pas envie de me laisser repasser. De quoi t'est-ce qu'ils sont clamsés, mes pauvres collègues, déjà ?
— Le premier a été trouvé mort d'une olive dans la tignasse. On a d'abord conclu au suicide, mais avec des arrière-pensées.
— C'est ça, coupe mon ami. Je sais aussi que le troisième a été étranglé ; c'est la mort du second que je me rappelle plus très bien.
— Le deuxième docteur a été découvert le crâne éclaté au pied de son escalier.
