
Arbin étudia à nouveau son jeu. Au moment où il allait poser une carte, des coups ébranlèrent la porte en même temps que retentissaient des cris gutturaux qui n’arrivaient pas tout à fait à former des mots.
Il eut un geste convulsif de la main et s’immobilisa. Loa regarda son mari avec des yeux effrayés. Sa lèvre inférieure tremblait.
— Fais sortir Grew ! lui ordonna Arbin. Vite !
Elle s’était déjà précipitée vers le fauteuil roulant avec de petits claquements de langue apaisants, mais dès qu’elle se mit à le pousser, le vieil homme se réveilla en sursaut et tendit machinalement la main pour reprendre son journal.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il sur un ton irascible – et c’était loin d’être un murmure.
— Chut ! Tout va bien, répondit évasivement Loa tout en halant le fauteuil dans la pièce voisine.
Cela fait, elle referma la porte, s’y adossa et son regard chercha celui de son mari. Sa poitrine plate se soulevait tumultueusement. On tambourina à nouveau.
Ils étaient debout l’un près de l’autre, presque sur la défensive en ouvrant et ce fut d’un regard chargé d’hostilité qu’ils enveloppèrent le petit bonhomme dodu qui leur souriait tant bien que mal.
— Que pouvons-nous faire pour vous ? demanda Loa avec une politesse toute protocolaire.
Mais elle fit un bond en arrière quand l’inconnu exhala une exclamation étranglée et se raccrocha à la porte pour ne pas tomber.
Arbin était dépassé.
— Qu’est-ce qu’il a ? Aide-moi à le faire rentrer.
Quelques heures plus tard, le couple se préparait sans hâte à se coucher.
— Arbin ! dit Loa.
— Quoi ?
— Tu crois que ce n’est pas risqué ?
— Risqué ?
Il feignit de ne pas comprendre.
— Je veux dire d’héberger cet homme. Qui est-ce ?
— Comment veux-tu que je le sache ? répondit-il avec irritation. Après tout, on ne peut pas refuser de donner asile à quelqu’un qui est malade. Demain, s’il n’a pas de pièces d’identité, j’avertirai la commission générale de sécurité et tout sera réglé.
