
Celle que j’ai appelée depuis lors la « Pauvre Décharnée » n’était donc pas une inconnue pour Paul Déméter, mais l’être dont il était sans doute le plus proche.
Je suis revenu m’asseoir à sa place et, sur le petit carnet que j’entame à chaque nouvelle enquête et que je clos seulement quand je crois avoir démasqué le coupable, j’ai écrit : « Marie Déméter ? La jeune morte, la fille de Paul Déméter. »
Je suis resté là alors que le soir tombait ; j’ai déplacé les dossiers, défloré les premières pages des manuscrits qu’ils contenaient.
J’ai tenté de comprendre les projets de Déméter.
Un dossier était consacré à l’Apocalypse de Jean, un autre à la guerre des Paysans en Allemagne lorsque, au xvie siècle, guidés par un moine hérétique, Thomas Münzer, ils avaient brûlé les châteaux, empalé les seigneurs, violé les épouses. Mais Déméter allait aussi de la première croisade à Auschwitz, et parfois une phrase en rouge, soulignée, au lieu de m’éclairer, me laissait perplexe.
« Saisir le lien, écrivait-il ainsi, de l’Apocalypse de Jean à la mort de Marie. La descendance de la Bête ? Sa présence éternelle, l’autre face de Dieu ? Mort et résurrection : faut-il laisser mourir pour connaître l’aube resplendissante de la résurrection ? »
J’ai rouvert le grand cahier à la rouge couverture entoilée et scandé à voix haute les versets pour me persuader que je n’étais pas enseveli dans cette maison de l’Apocalypse, que Paul Déméter et la « Pauvre Décharnée » ne m’avaient pas entraîné avec eux.
« Je sais tes œuvres, ton travail et ta résistance, ai-je lu, et que tu ne peux supporter les mauvais. Tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres, et ils ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs.
