
« Mais j’ai contre toi, que tu as laissé, ton premier amour.
« Et je sais où tu habites, là où est le trône de Satan. »
Paul Déméter avait ajouté d’une écriture écrasée, aux lettres déformées, que j’avais eu du mal à déchiffrer :
« L’Apocalypse de Jean dévoile la vérité de ma vie. Puis-je y survivre ?
« Verset 6 du chapitre IX : “En ces jours-là les hommes chercheront la mort et ne la trouveront pas, ils désireront mourir et la mort les fuira.”
« Jusqu’à quand ? »
Contrairement à ce que croyait Vassilikos, Déméter ne pouvait être un impie.
4
J’ai refermé le cahier rouge et fui la maison de Paul Déméter. C’était le royaume de la Mort, l’abattoir où l’on égorgeait. Là où Satan avait son trône et la Bête, sa tanière.
Je m’en suis voulu de me laisser envahir par ces mots, ces images, d’accepter ainsi ces croyances que j’avais toujours qualifiées de primitives.
Durant toute mon adolescence j’avais ricané devant mes tantes, mes cousines, mes nièces, toutes ces veuves noires, ces Calabraises vivant dans la crainte du Démon, cette Bête qu’elles écartaient d’une prière, d’un geste rituel, index et auriculaire tendus, les autres doigts repliés.
Je m’étais esclaffé quand j’avais lu, au chapitre XIII de l’Apocalypse de Jean, la description de la Bête « qui monte de la mer avec dix cornes et sept têtes, et sur ces cornes dix diadèmes, et sur ces têtes des noms blasphématoires… Tous les habitants de la terre se prosterneront devant elle, ceux dont le nom n’est pas inscrit depuis la fondation du monde dans le Livre de vie de l’agneau égorgé ».
J’avais été à la fois intrigué et révolté par la puissance que Jean, et son Dieu dont il était l’interprète, accordaient à Satan, à la Bête :
« Elle fait qu’à tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, soit donnée une marque sur la main droite ou sur le front pour que personne ne puisse acheter ou vendre s’il n’a la marque, le nom de la Bête ou le chiffre de son nom.
