
« Ici est la sagesse : que l’intelligent calcule le chiffre de la Bête, car c’est un chiffre d’homme, et ce chiffre est 666. »
Or ce n’était là que la valeur numérique des lettres de l’empereur Néron en hébreu !
Et maintenant, parce que j’avais découvert une tache de sang séché sur un oreiller, que j’avais fixé les yeux d’une morte, je capitulais devant ces fables barbares et rejoignais le troupeau des crédules et des superstitieux ? Des femmes de Calabre !
Allons, allons, que la raison se rebiffe, qu’elle recouvre son empire !
Je me suis efforcé de ralentir le pas, de m’arrêter souvent et, campé, jambes écartées, j’ai croisé les bras, le menton levé vers ce grand ciel implacablement vide et silencieux, seulement peuplé de nos terreurs et de nos rêves.
Pauvres humains effrayés de vivre et de mourir, et qui tentent depuis l’origine des temps de tendre leurs mains vers les étoiles !
Pitoyable fou, Paul Déméter, qui cachait sous les défroques de la superstition son sentiment de culpabilité, ses frayeurs ! Il avait oublié – et sa vanité se trouvait ainsi comblée – qu’il n’était pas le seul père à avoir perdu un enfant, cette Pauvre Décharnée, cette Marie au regard fixe qui n’était qu’une malade qu’il eût fallu confier à un médecin.
Une dose quotidienne de lithium et c’en était fait de la peur, de Satan, de la Bête !
Mais comment se satisfaire de cette banale guérison alors qu’on pouvait s’agenouiller et trembler, implorer la Bête qui « fait descendre un feu du ciel sur la terre » ?
Mieux valait le royaume de Satan qu’un ciel vide.
J’ai repris ma marche vers le port de Skala, martelant le sol comme pour me convaincre à coups de talon que j’avais la force de refuser cette maladie de la raison qui faisait préférer le mythe à l’explication lucide, le fantastique au réel, la Bête au cancer, Satan à la dépression.
