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Nuit violente, oppressante.
Je me suis débattu comme un homme qui se noie, repoussant la couverture, froissant les draps, me levant, me recouchant, contemplant ce lit défait, cet oreiller roulé en boule, m’asseyant enfin à la petite table qui, entre les deux fenêtres, me servait de bureau.
Le livre de l’Apocalypse était resté ouvert. J’ai lu le verset 9 du chapitre V :
« Tu es digne de prendre le livre et d’en briser les sceaux, car tu as été égorgé, et avec ton sang tu as acheté pour Dieu parmi toute tribu, langue, peuple et nation. »
Je me suis persuadé que Déméter avait recherché ce sacrifice qui, par la mort, le sauvait de la mort.
J’ai relevé la tête. Il m’a semblé voir, sur les murs de la chambre, la trace brune de son sang, le portrait de la Pauvre Décharnée, Marie, dont les yeux fixes me rappelaient ceux de mon père.
J’ai ouvert les volets.
Je me suis penché. Tout était paisible : les quais du port déserts, la mer lisse, le ciel impavide. Mais, au lieu de m’apaiser, cette quiétude m’affolait. J’aurais voulu que le va-et-vient des vagues, les hurlements du vent, le fracas des coques des voiliers et des barques qui se heurtaient, m’envahissent, comblent ce vide que l’angoisse creusait dans ma poitrine.
Je suis retourné m’asseoir à la table et j’ai été emporté par la voix qui jaillissait des pages du livre. Je n’étais plus enfermé dans cette chambre, je n’avais plus devant moi un ciel vide :
« Un trône était dans le ciel, et quelqu’un assis sur le trône… Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres. Il y a devant le trône sept torches d’un feu ardent qui sont les sept esprits de Dieu. »
J’ai lu et relu jusqu’à l’aube.
J’ai vu ouvrir les sept sceaux qui scellaient le Livre.
Du premier est sorti un cheval blanc, et « celui qui était dessus avait un arc. On lui a donné une couronne et il est sorti vainqueur et pour vaincre ».
