Avec ces hommes-là que je pourchassais, que je menottais, Jean me jetait dans l’« étang de feu et de soufre ».

Où était le Seigneur de Miséricorde ?

« Dieu ! Le Diable ! Assez de divinités barbares, Vassilikos ! ai-je lancé. Il n’y a que des hommes, et les hommes ça pue, ça égorge, ça saigne ! Et, à la fin, quoi qu’on ait cru, pensé ou dit, on s’en va. On part de Patmos ou d’ailleurs. »

Vassilikos m’a dévisagé avec compassion. Une moue de mépris, voire de dégoût, a déformé sa bouche et j’ai eu la tentation d’écraser du poing ses grosses lèvres humides.

Il a commencé à fouiller dans ses poches, sans me quitter des yeux, en marmonnant d’une voix grave :

« Dieu juge chacun selon ses œuvres : Jean le dit dans son Apocalypse. Et si quelqu’un n’est pas inscrit dans le Livre de vie, on le jette dans l’étang de feu. Hâtez-vous donc d’être inscrit dans ce Livre ! »

Puis il m’a tendu les clés de la maison de Paul Déméter.

3

C’était la maison de la Mort.

Dès mes premiers pas dans la grande salle du rez-de-chaussée, j’ai vu le lit défait, les draps froissés, la tache brune qui maculait l’oreiller.

C’était le sang séché de Paul Déméter. On avait dû l’égorger ici pendant son sommeil, puis on avait porté son corps jusqu’au monastère et on l’avait encastré dans la niche, d’où son sang avait coulé sur le marbre.

Mais c’était bien ici, dans sa maison, que Paul Déméter avait vécu l’Apocalypse.

J’ai regardé autour de moi.

C’était la maison de l’écrit. Les livres remplissaient des rayonnages, formaient des piles appuyées contre les murs. Des carnets, des dossiers, des cahiers s’entassaient sur une longue table de bois noir placée face aux trois étroites fenêtres ouvrant sur la mer. Je me suis assis là où Déméter devait s’installer pour lire et écrire. Ses avant-bras avaient poli le rebord de la table, qui s’en trouvait arrondi.



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